D'un ocre sacré'


Après avoir réveillé mes envies de voyages, rallumé la petite flamme au travers d'une ville mythique, emblématique, nous sommes alors partis un peu plus loin dans notre imaginaire du lointain, dans notre envie d'autres mondes, remontant ce cours d'eau, ce grand courant aux couleurs d'ocres venues de l'Himalaya pour se jeter dans le golfe du Bengale, ce fleuve sacré, source d'inspiration ultime des hindous, caressant alors les berges de Varanasi (ou Bénarès)... Car oui, ici, c'est le Gange, 3000 ans d'histoire et de culture qui s'écoulent le long des ghats (grands escaliers plongeant dans la rivière) de l'une des plus anciennes cité ayant jamais existé.


Voilà, le décors est planté, ici on ne remonte pas le temps, on ne se plonge pas dans l'histoire, on ne se remémore pas une époque passée, une civilisation révolue, non, ici on est là pour vivre cette histoire, pour vivre 3000 ans de culture, de rites, des croyances, à chaque souffle, à chaque pas. Et c'est clair que présenté comme ça, je sens que certains sont déjà en train de rêver, de se dire "Arnaud quelle chance, quel voyage fantastique, cela a du être inoubliable"... Presque. Malheureusement l'expérience est légèrement plus compliquée que cela, et malgré un cadre unique, malgré tout ce patrimoine, toute cette richesse, ce fourmillement de merveilleux, cela reste une étape relativement difficile, alors pour aujourd'hui, pour tenter de garder le meilleur, je resterais concentrer sur le Gange en lui même. J'en ai vu des fleuves mythiques au cours de mes voyages, de l'Amazone au Mékong en passant par le Nil pour ne citer qu'eux. Des fleuves chargés d'histoire, de croyances, d'histoires fantastiques, mais aucun ne saura rivaliser avec le Gange au niveau de sa présence, de son importance, de son souffle sacré se dégageant de ses eaux. Car le fleuve ici est synonyme de vie, par tout ce qu'il apporte aux 450 millions de personnes vivant grâce à l'irrigation qu'ils en tirent (40% de la population du pays), mais aussi de mort, les hindous venant y faire leur dernier voyage, se faisant incinérer sur son bord avant que leurs cendres ne rejoignent les courants. Pour en finir par quelques points clé de son histoire, il faut se rappeler qu'il est éminemment lié à Shiva, qui retiendrait sa source dans ses cheveux, et que les pèlerins viennent s'y immerger en masse chaque année pour atteindre une sagesse spirituelle ultime. Dernière anecdote, et non des moindres car certainement la plus insolite, il est reconnu en tant que personne morale et juridique en Inde, cas unique au monde. Oui oui, rien que ça...


C'est donc sur la terrace de notre chambre d'hôte, sur les bords de ce Gange, au matin de notre dernier jour sur place, que ce ciel d'or sur cette rivière d'ocre nous salua, une dernière lueur, comme un adieu d'un fleuve légendaire que l'on ne reverra peut-être jamais, venant adoucir un peu les quelques jours compliqués que nous y avons passé, comme une dernière note de poésie après deux jours en pleine tempête humaine. Je ne résiste pas non plus à vous partager une image de la veille ci-dessous, où nous prenions notre dernière bouffée de culture locale, assistant à la cérémonie quotidienne d'offrandes au Gange se déroulant après le coucher du soleil, cérémonie attirant chaque jour énormément de monde et vraiment symbolique de l'attachement de ce peuple à ce fleuve unique..


Bref, tout ça pour dire que je commence en effet cette aventure de Varanasi quelque peu par la fin, mais je compte bien vous emmener dans ses petites ruelles sombres prochainement pour vous faire découvrir une autre facette du coin.