Les chants électriques


Au détour des montagnes, où se cherche la foule, où l'on se perd à l'envie, seuls sur les routes, sur la route, l'unique, sillonnant à travers champs et merveilles, on se retourne dans la vallée, dans le creux, ce grand gouffre au milieu des reliefs, là où l'autre route passe, la grande, la large et belle route, celle de la ville, celle des camions et du bruit, celle qui amène l'argent et les gens, celle de Hanoi, traversant Mai Chau, et s'en allant vers d'autres lieux inconnus. Et c'est par cette route que les chants du nouveau monde sont venus coloniser les champs du coin, parsemant la grande insolence d'une vie qui ramène de l'envie, des ondes et des lumières, balafrant les vues vertes de stries noires, rayant les ciels de cables et d'un certain futur. D'un petit coin de paradis, paisible, enclavé dans sa vallée, à une grande toile, de mailles et de courants.


C'est en témoin un peu confus que je me trouve dans cet enchevêtrement de mondes, d'ancien et de moderne, de trop tard et de trop tôt, là où les cultures de riz font encore vivre bon nombre de familles, où la paysannerie n'est encore qu'une banale réalité, mais où d'autres cultures viennent s'y engouffrer, de la pop aux insipides relents d'occident, venant se faire chanter dans ces contrés. C'est la belle et mélancolique petite réalité de cette aventure, la poésie d'une vie, celle où les fleurs et les jolis mots n'ont pas leur place, où toute la prose se forme dans l'ignominie, où le beau n'est qu'un conglomérat de laid sous le bon angle, où le doux n'est que du rêche que l'on caresse dans le bon sens, où le sublime rencontre l'affreux aux confins des goûts. C'est cet élan d'absurde et d'incongrus qui sans me plaire me fait toute de même trépider, pour tout son non-sens, toute sa verve déracinée, d'un verset noir, et vert, teinté de bleu.