À pas de vache


Continuant sur notre route aux abords de Mai Chau, je ne vais pas vous parler d'absence aujourd'hui, mais bien de présence, du genre de présence qui a donné un goût véritablement particulier à ce périple, un petit goût d'étable et de lumières délicieuses, de la rondeur des couleurs de cette campagne, comme une grosse louche de douceur et de sérénité. Malgré la présence de nombreux cochons noirs dans la vallée, dont la viande est très réputée (et à raison), les montagnes nous ont réservés la rencontre de multiples vaches, marrons, toutes, à de multiples recoins de notre journée.


Je voulais alors commencer par cette image prise sur le retour, tandis que nous commencions à rencontrer quelques personnes sur la route. Au détour d'un virage bien serré, nous sommes tombés sur ce vacher se dessinant dans le creux de la courbe, debout, là, tel une peinture, dans la lumière qui perçait au travers des arbres, ses quelques vaches complétant le tableau en arrière plan. Je mis alors un grand coup de frein, fit hurler DiJing, et m'arrêta tout net pour immortaliser l'instant. Sautant du scooter, recevant un timide sourire approbatif sans que le tableau ne bouge, j'en profite alors pour faire une première image, puis une deuxième où il les quelques mots de son compère assis non loin le font cependant rire et que son petit chient sort du fourré, puis une dernière de loin, et nous voilà repartis sur la route alors que la tableau n'a toujours pas bougé.



Mais ce n'était pas note première histoire de vache, loin de là. La première véritable rencontre à vrai dire se trouva à l'ultime étape de notre longue route, dans ce petit village enclavé entre les montagnes, au bout du bout d'une petite route sans issue, là où l'on n'a eu d'autre choix que de faire demi-tour. C'est un petit groupe de maisons rassemblées là, peut-être une quinzaine, au milieu des rizières et... d'un terrain de foot, que nous avons alors traversé à pieds, rencontrant notre premier bovin du coin, dans son enclos à géométrie variable, ruminant tranquillement sur notre passage. Il y a une réelle douceur chez les vaches, une douceur qui m'a toujours fasciné malgré leur taille impressionnante, cette sérénité, cette sorte de latence permanente qui respire de ces animaux, de leur curiosité rarement agressive (quoique, faites gaffe quand même...), d'une présence presque divine.


En fin de journée, alors que le soleil rasait les montagnes, que les couleurs se pastellisaient, que l'air se rafraichissait enfin, nous avons croisé notre dernier petit troupeau du jour, à l'abord d'un village, gardé par la famille assise dans le champs et jouant avec les enfants (hors cadre... j'ai pu prendre une image d'eux, mais sans grande réussite, puis le petit s'est mis à pleurer sous les rires de sa grand-mère). Nous voilà alors finalement partis sur le dernier bout de route au travers de ces montagnes, et regagnons la vallée. Il nous reste une bonne heure de route, et nous laissons ce petit coin de vie reclus derrière nous, replongeant dans l'antre touristique qui nous attendait, où les vaches s'y font rares, mais où une autre sorte d'élevage est à l'œuvre, celui du modernisme, de l'ouverture sur un monde à cent à l'heure, avec lequel il faut se connecter à tout prix. Cela sera une nouvelle étape Vietnamienne que je vous réserve dans une prochaine carte postale, à la poésie autrement plus électrique.