Pliages du soir


Mai Chau, à l'ouest de Hanoi, est un petit coin de paradis, un de ces havres de paix où l'on s'évade de tout, où l'on oublie tout ce qui nous entoure, où l'on rentre dans une bulle faites de lucioles et de rizières, une belle carte postale qui a cependant pris le goût de son propre papier. Mais malgré sa fraicheur ternis par le temps, malgré son aura écrasée sous son propre poids, cela reste un magnifique petit coin de bout du monde qui nous a permis de souffler et de nous évader le temps de quelques jours.


Après 8 heures de bus depuis Hanoi, nous avons finalement passé une première après-midi à découvrir les environs à vélo. Sympa, mais une chaleur étouffante (début avril...), du coup nous décidons de nous reposer un peu à l'hôtel en fin d'après-midi. DiJing ayant un peu le contre-coup du réveil à 5h du matin, elle décide alors de faire une petite sieste. Un peu frustré de rester à l'hôtel tout seul, je prends l'appareil photo sous le bras, une poignée de pellicules, et me voilà repartis pour un petit tour, à pieds cette fois-ci, dans les environs immédiats de notre hôtel.



C'est là que j'ai alors rencontré ces deux dames adorables au coin d'une des routes désertes, alors que le soleil rasait l'horizon, que la luminosité commençait à me jouer des tours n'ayant que des films de 400 iso, et que je comptais presque rentrer. Je les rencontrais là, petite faux à la main, découpant des dizaines de feuilles de bananier, et de les entassant dans deux grands paniers. Elles étaient bien occupées, alors je m'approche pour une photo de cette petite scène qui m'attire inexorablement tout en glissant un petit bonjour en vietnamien (parmi les trois mots que je connais...) qu'elles me retournent en rigolant timidement. J'en profite pour prendre quelques photos supplémentaires et tente tant bien que mal de demander ce qu'elles font avec toutes ces feuilles de bananier. Évidemment nous ne nous sommes jamais compris, mais dans toute cette cocasse incompréhension l'une d'elle m'a alors sortis une feuille de son panier qu'elle plia en une sorte de petite cone, et me le tendis en cadeau. Sympathique petit geste, petit souvenir que j'emporta avec moi, et qui finalement clôtura note petit moment ensemble.


Il est très rare que je fasse plusieurs images d'une même scène, d'une même personne. En règle générale je n'en fais qu'une, souvenir unique et intemporel, voire deux maximum, juste au cas où si cela en vaut vraiment le coup. Je reste rarement longtemps après une image, la photographie étant souvent la conclusion d'une rencontre, d'un échange, une sorte d'aboutissement, qui parfois n'arrive jamais, mais qu'importe, tant que l'échange est là, l'image restera, sur la pellicule ou dans la tête, ce n'est plus qu'une question de support et de partage futur, la photo étant une sorte de prétexte à rencontrer les gens, à rompre avec mon austérité naturelle, à devenir cette autre personne qui appareil à la main se découvre une âme sociable, se plaît à côtoyer l'inconnu, rompant tout un naturel froid et distant. À cette occasion c'est une grosse dizaine d'images que j'ai faites, profitant de la gentillesse de ces deux dames, de leur curiosité, et surtout de prendre un peu de temps à prendre le temps, passant de longues minutes seul avec elles, leur découpe de feuilles de bananiers, et nos vaines tentatives de communication. Et puis la lumière baissa rapidement, je me suis rapidement retrouvé à la limite de mon possible photographique, et décida alors de rentrer. Cette petite sortie du soir fut riche en images et brèves scènes de vie courante, terminant en beauté avec ces dames, une vraie mise en bouche avant une deuxième journée riche en aventures et en rencontres.