De cordes et de mailles


De retour aujourd'hui sur l'archipel Dongji, et plus particulière l'île principale, l'île de Dongji. Comme on peut s'y attendre sur une île, la mer fait partie intégrante de la vie, et surtout les produits de la mer, dont dépendent une bonne partie de l'alimentation locale ainsi qu'une source de revenue vis à vis du monde extérieur. C'est donc tout naturellement que la pêche est devenue l'activité principale de l'île, se développant sous toutes ses formes afin d'exploiter au mieux cette quasi unique ressource locale. Nombreux sont ceux qui partent alors tôt le matin, canne à pêche et bourriche à la main, s'en allant récolter les provisions de la journée, parcourant les différents coins de l'île, quite à en traverser un des multiples petits temples parsemés ici et là.



La conservation du poisson est alors devenu un véritable savoir faire local, devant préserver les prises du jour pour des temps où la chance leur sourirait un peu moins. C'est donc de nombreux paniers qui sont disposés aux alentours des maisons, laissant les poissons sécher sous la chaleur écrasante du soleil. Ces poissons sont ensuite consommés soit en soupe, soit grillés. Le goût est assez fort, un vrai goût de mer, une véritable odeur de poisson, qui peut parfois être assez difficile à avaler pour nous petits étrangers, mais qui est le fruit d'un besoin vital pour ces habitants, qui a alors forgé un goût très local, là où le poisson et les fruits de mer sont la principale source d'alimentation.



Mais bien sûr l'activité principale de pêche est commerciale, et si les locaux se baladent canne à pêche à la main, que les touristes aiment à faire tremper l'hameçon le temps de quelques photos, alors les filets font aussi partis intégrante du paysage. Et qui dit filet, dit réparation de filet, sur le port. Petite anecdote à propos de cette dame, que j'ai pris en photo deux fois de suite, la première sous un soleil de plomb, et où elle était alors emmitouflée sous un grand voile et à l'abris d'une laaaaarge casquette. Je lui demandait alors l'autorisation pour une photo, ce qu'elle m'accordait sans problème tandis qu'elle continuait sa tâche. Et puis le deuxième jour, cette image ci-dessus, où je ne la reconnaissais pas, et où je demandais à nouveau pour une photo, et où elle me disait oui, rajoutant avec un petit sourire: "toujours là aujourd'hui". Revenant à nos filets, je voulais ajouter qu'il y a une échelle relativement humaine dans tout cela, pas de gros bateaux, pas de gros débits, un regard très locale, d'où un développement relativement lent de l'archipel. Les embarcations sont de taille très modestes, peu nombreuses, très loin de ce que l'on a pu voir dans d'autres coins côtiers où de véritables armadas sont déployées. Ici rien de tout ça, une poignée de mailles étendues sur le quai, guère plus en mer, et un air de réalisme, de mesure assez inhabituelle, qui nous ferait presque oublier dans quel pays l'on se trouve.



Oups, je crois que j'ai parlé un peu trop rapidement en matière d'échelle raisonnable... Oui car il n'y a pas que la pêche de poissons, mais de tous les crustacés qui peuplent les font locaux, et c'est donc un grand nombre de paniers qui s'étendent sur le bord de mer. Nous sommes tombés sur une belle enfilade de ceux-ci, ce qui fut assez impressionnant vu la concentration, mais finalement toujours assez raisonnable étant donné que l'ensemble des paniers de l'île semblaient y être regroupés. Malheureusement je ne saurais dire ce qui est exactement pêché avec ça, mais c'est une jolie perspective qui se profilait devant moi.



Outre les poissons, et les crustacés, il y a une autre pêche que j'ai découvert sur place. Une pêche, ou plutôt une culture, où la mer est transformée en véritable terre agricole à mollusques, où l'on y fait pousser des moules, et tout un tas d'autres fruits de mer. Celles-ci sont en effet mises en culture dès leur plus jeune âge, regroupée autour d'une corde, empaquetées dans une maille qui les forcera alors à se fixer au cordage. Celles-ci grandiront, pendant plusieurs mois, jusqu'à faire se déchirer la maille extérieure, toujours collées à leur corde, et formant ainsi de grandes grappes de moules, qui seront récoltées au bout de deux ans. Et on ne parle pas de petite moule, ni même de moule d'Espagne là. Ici c'est de la moule de compétition, qui dépasse facilement les 10cm, et qui deviennent des choix de prédilection autour des petits barbecues installés sur le port. Oui car les fruits de mer ne se mangent jamais crus ici, toujours cuits, de différentes façon, que ce soit les moules, les huitres, ou quoique ce soit, tout est toujours cuit.



Bref ce fut l'occasion d'une belle rencontre sous cette petite tente bleue, où j'ai pu assister à la préparation de plusieurs cordées pour leur mise en culture. Je n'ai pas réussis à percer le mystère des liens entre la vieille dame et l'homme à ses côtés, mais tandis que celle-ci s'attelait à la tâche, il nous expliquait qu'elle avait fait ça toute sa vie, depuis qu'elle était petite, née sur cette île, elle n'était jamais allée à l'école, et ne savait faire que ça, s'occuper de la culture de cette belle mer de Chine, y cultiver ses coquillages et vivre de ce grand bleu. Comme partout, la vie insulaire est particulière, et les personnes sont très attachées à leur île, à leur racine, leur héritage, un beau moment de partage, même si leur très fort accent a limité notre dialogue, je fut alors un peu aidé par deux jeunes rencontrés sous cette tente.



Et puis au bout de quelques images elle a finit par en avoir marre, et nous nous sommes tous dis au-revoir. Un vrai caractère de la mer comme on pourrait presque l'esquisser les yeux fermés, mais avant tout une découverte sympathique d'un fragment de vie, et d'un petit bout de culture locale.