Les amours de rouille et de brume


C'est sur les bords de la rivière Jialing, dans la brume de cette Chine du nouveau monde, des fumées des poussières, de la pollution ambiante de ce grand brouillard permanent, là où la découpe de tours nous entoure d'infini, que le paysage tourne en une fiction qui manque de science, que l'on en perd l'humain, l'échelle du fou qui s'est enfermé dans ce grand dédale de béton et d'acier, dans ce rêve chinois brûlant d'une ferveur glaciale, alors viennent se dessiner les amours de Chongqing, au gré des carcasses d'un hier encore bien présent, des courants qui soufflent sur les eaux calme en devant, et d'un silence lointain engloutis par un grondement permanent. Le nouveau monde est un vacarme de tous les jours, de fracas et de gravas, venant étouffer nos airs hébétés devant une telle puissance, une fureur cristallisant nos verts en délabrements de gris, de gris-vert bien sûr, et de gris-bleu, nous rappelant un ciel que certains n'ont jamais connus, et de gris rouges, de ces rouilles qui s'emparent des jours d'avant, d'un témoignage morbide d'une gloire d'un instant, d'un progrès permanent trop rapide. Mais malgré tout, les amoureux se retrouvent là, au milieu de tout ça, comme des gamins de l'ancien monde, à profiter des cours de l'eau, donnant des leçons à la vie, se partageant l'instant d'une romance qui n'a pas d'époque, celle du plaisir d'être à deux, qu'importe le gigantisme et la folie de ce qui nous entoure, le cœur des Hommes qui tente de résister à cette nouvelle échelle qu'on lui impose, qu'ils s'imposent à eux-même, comme une sentence silencieuse.


Chongqing est une ville fantastique, unique, mais aussi tellement effrayante, de par sa croissance vertigineuse, de par l'échelle des choses qui s'y passent, de la géographie des lieux, construite à flancs de montagnes autour du confluent du Yangtze et de la Jialing. Une ville hors-norme, où l'on perd tout repère, toute notion de ce que nous sommes. C'est une ville que l'on pourrait lire dans une certaine littérature sans jamais arriver à y croire, où l'on imaginerait alors sans problème les machines y être intelligentes, les voitures voler, les vaisseaux devenir un quotidien, une routine un opéra, une fontaine de superlatifs. Peut-être bien que c'est ça d'ailleurs le futur de Chongqing, peut-être que c'est une ville qui a trop d'avance pour qu'on la comprenne, pour qu'on la saisisse, ne notre petit coin du monde, et que les amours à taille humaine n'ont plus de place que dans la résistance, dans l'underground, comme une maladie incurable qui se retrouve pourtant en voie d'extinction, assourdie par la lumière des écrans, tétanisée par la rouille des jours passés.