De l'air, du chaud, un ballon


Et voilà un ballon d'air chaud ! Une montgolfière ? Un sacré défi, une superbe petite aventure...


Bienvenue à Chiangmai, lors de Loy Krathong, aussi connu comme le festival des lanternes. Je reviendrai plus tard en détails et en images sur le festival traditionnel, mais aujourd'hui j'avais envie de vous faire prendre un peu de hauteur, afin de nous ramener les deux pieds sur terre, au milieu de nos iPhone de nos réseaux, de nos petits plaisirs sociaux solitaires, de mon regard qui peine à quitter ses écrans, qui louvoie lorsqu'il faut décrocher, quand il faut se mettre sur pause et regarder le monde, et simplement vivre le monde. Alors je me revois gamin, à aller taper dans la balle (enfin plutôt lancer la balle), à faire pousser mes plantes magiques, mais aussi à fabriquer mes petites maquettes, mes avions qui ont finis par prendre vie propulsés par l'énergie et la passion, juste le cœur d'un gosse qui avait envie de rêver, de regarder le ciel jusqu'à en briser l'horizon et s'envoler. C'est une époque où vivre était plus important que de montrer que l'on vit, que le partage se faisait à grands coups de rires et de tape dans les mains. Ça me rappelle un superbe bouquin que j'ai récemment aperçu sur les jeux de rue du siècle dernier à Londres, et ça donnait chaud au cœur de voir les couvercles des poubelles tournés en boucliers, de voir les parties de colin-maillard ou de corde à sauter. C'est un peu toute cette nostalgie d'un plaisir qui se passe dehors, simplement mais pleinement, qui vient alors me frapper dans cette cours de récré, et qui m'a presque donné envie de m'envoler.



Nos premières déambulations dans la ville nous amena aux portes d'une école où une petite foule s'était regroupée dans la cours, de grosses formes de couleurs gesticulant derrière les têtes des curieux. On se faufile on joue des coudes on se trouve un petit chemin à croupis et nous voilà en première ligne pour découvrir le spectacle, de magnifiques ballons, dont le style ressemble plus à un assemblage de sacs Ikea qu'à de la haute couture, mais qu'importe, ça respire le frais, l'envie et la bonne débrouille, la magouille pour arriver à fabriquer une enveloppe prête à donner des ailes à leurs rêves de gosses. Bien sûr que ces ballons s'apparentent plus aux lanternes traditionnelles qu'aux montgolfières, mais qu'importe, lorsqu'on se retrouve les yeux tournés vers le ciel, alors on redevient tous des gamins, peu importe notre culture, on se met tous à rêver un peu, chacun à notre façon. Alors les garçons les plus grands s'installent sur des chaises en plastiques et mettent en forme le ballon qui vient être gonflé à l'aide d'un petit ventilateur électrique, système D quand tu nous tiens. Il prend forme, l'enveloppe commence à respirer, commence à vivre et se sentir pousser des ailes. C'est alors le moment où une âme bien téméraire se voit confier la lourde tâche d'y insérer une torche afin d'y chauffer l'air, tout en évitant de réduire en cendre les efforts de toute l'équipe.



Et là, le temps passe... Le ballon chauffe et chahute au gré du vent, faisant trembler les cœurs, voyant la flamme flirter avec l'irréparable, mais le temps continue de passer et toujours rien, les petites ailes ayant pousser sur le ballon ne deviennent pas grande. Il semble tenir, mais jamais s'envoler, les légères rafales de vent exercent suffisamment de pression sur l'enveloppe et expulser l'air chauffé à l'intérieur et anéantir le travail de longues minutes. La tension monte et les visages se crispent, la fougue des gamins se transforme rapidement en inquiétude mais rarement en confusion, pas de panique, les sourires restent de mise, parce que c'est ça rêver, c'est de toujours croire que l'on va y arriver, de pouvoir voir ce ballon monter haut dans le ciel avant qu'il ne s'élève d'un cheveu. Les petites équipes se savent observées, les officiels sont assis d'un côté admirant le spectacle, les parents smartphone à la main immortalisent la performance pour l'éternité d'un statut Facebook, et tous trépignent de voir le moment arriver.



Et soudain, le ballon frétille, la foule s'écarte, il va y aller, c'est partis, aller... Et en un instant, le ballon, Oui !! Il s'envole, comme propulsé, enfin libéré, chaud et léger comme le vent. Les cris éclatent, les applaudissements avec, tout le monde admire le travail acharné s'éloigner, chacun se sautant dans les bras des uns des autres, célébrant cet instant magique. C'est fait, ce rêve de gosse que de voir sa machine fantastique s'envoler est enfin réalité. Arrivé à une certaine altitude, un crépitement se fait entendre en provenance, une fumée s'échappe, mais pas de problème, juste un nouveau succès se prépare, les petits avions attachés en grappe se détachent un par un, réalisant un magnifique ballet aérien terminant en apothéose cette belle passion d'un jour, ce rêve de gosse, cette jolie petite aventure. Les équipes suivantes se préparent ou continuent de lutter, et le ballet continue ainsi dans cette cours de récré.