Long Jing, parfum des thés


Tout se joue là, fin mars début avril, juste avant le festival Qingming (qui eu lieu le 5 avril cette année). C'est un moment critique ou tout va s'enchaîner sur quelques semaines, sur moins d'un mois. Et tout ça se joue ici, à Long Jing, petit village situé aux abords de Hangzhou, et terre du thé vert le plus cher du monde. C'est donc ici que nous avons passé quelques jours lors du festival (traditionnellement réservé au nettoyage des tombes, une sorte de Toussaint locale), pour profiter de la fin de la récolte et de l'odeur du thé qui se fait sécher, profiter du beau temps pour se promener dans ces paysages magiques, où les théiers ondules sur les pentes des petites montagnes entourant le lac de l'Ouest. C'est un tout petit village, vraiment enclavé à seulement quelques kilomètres de la grosse ville, mais le calme y règne, les hommes brassent les feuilles de thé tout juste récoltées par les femmes, et tout le monde s'active en silence, quelques touristes flânant comme nous dans ce petit bout de paradis, s'extirpant un peu des brouhahas quotidiens. Le soleil vient nous réchauffer tandis que les femmes s'affairent pour les derniers jours de récolte, avec leurs petits paniers et leurs grands chapeaux les protégeant pour ces journées de travail harassantes. C'est donc une petite fourmilière silencieuse qui s'active au milieu de ce paysage envoûtant, des petits chapeaux qui s'agitent au loin, et ces couleurs qui viennent alors ravir mon œil devenu bien trop citadin.




Ici certaines parcelles commencent déjà à être taillées pour préparer la saison prochaine et l'arrivée de nouvelles jeunes pousses, car on consomme uniquement les très jeunes feuilles, facilement reconnaissable par leur vert très clair. Le thé doit de préférence être ramassé avant le festival Qingming, celui-ci se vendra alors bien plus cher et sera de meilleur qualité. Bien sûr il est possible de trouver du thé "d'avant Qingming" tout au long de l'année, mais pas facile de garantir son authenticité, alors il faut le vendre de préférence avant, afin d'être certain de ce que l'on achète. Et quand on sait que le thé de Long Jing peut atteindre plusieurs milliers d'euros le kilo, mieux vaut ne pas se faire avoir. Bref, une belle occasion de s'évader quelques jours, de crapahuter dans les plantations, de profiter du grand air, de la bonne bouffe locale, notamment tout un tas de poissons, de petites crevettes, et de fantastiques pousses de bambou. Ah et j'oubliais, évidemment de grands verres de thé vert pendant les repas, un vrai bonheur. Le temps passe trop vite cependant, et si l'on apprécie le calme de la campagne à portée de main, étant donné que Hangzhou n'est qu'à une heure de train de Shanghai, et que Long Jing se trouve à 10 kilomètres de Hangzhou, il y a un moment où la ville nous rattrape, où en est en fait un peu trop proche, et où il manque un peu cette période de décompression entre le grand air et la ville, car en un clin d'œil on se retrouve au milieu des buildings, et on a déjà oublié tout ce calme. Il y a toujours ce moment agréable à la fin d'un voyage, c'est cette période où l'on revient à la réalité, ce voyage retour, ce trajet qui prend parfois un certain temps et qui nous permet de faire une croix sur le bon temps passé, de le digérer, de le ranger dans la case souvenir. Ici il a manque ce temps là, en un instant on se prend la grosse baffe de la ville, et on a l'impression d'en fait n'être jamais vraiment partis. Du coup la satisfaction du voyage (aussi petit soit-il) vient plus tard, de manière moins évidente, et c'est en fait de découvrir ces photos une semaine plus tard qui m'a permis de faire cette transition. Ah le doux plaisir de l'argentique et de ces photos magiques qui arrivent à retardement. On a beau dire, la technologie c'est beau, le numérique oui c'est fantastique, mais putain ça manque de poésie quand même ! Alors je repars au milieu des théiers le temps de parcourir ces images, le temps de découvrir les négatifs qui sortent du labo, de découvrir des images réussies, mais aussi des images ratées, qu'importe, je referme alors ce petit bout d'aventure, et le range enfin dans la case souvenir, un beau souvenir !