Route barrée


Pour ce dernier arrêt en Suisse, nous revoilà sur les bords de la Aare, à déambuler sur les chemins du bord de la rivière. Après plus d'un an sans être revenu en France, enfermé dans cette immense ville de Shanghai, il était grand temps de prendre l'air, de retrouver les sensations d'un sol pas trop artificiel, de respirer l'odeur des bois, d'écouter le bruit de la rivière, et d'apprécier le temps. Ici tout s'est ralentis, et la vie m'a semblé reprendre un peu de sens, de redevenir un peu plus simple, plus réaliste. De la nature, des feuilles, des cailloux, un peu de sable, et on en vient même à apprécier les nuages tapissant le ciel, car ici au moins on les voit les nuages.



Alors on s'est aventuré sur ces chemins, on a parcours les bois, longé la rivière, et parfois on s'est retrouvé là, coincé par quelques arbres couchés sur notre route. Ici pas de feu rouge, pas de policier bien calibré pour nous dire de ne pas passer, la route est barrée, la nature nous nous barre la route, ou plutôt l'ouvre d'une autre manière, ouvre d'autres perspectives, crée de nouvelles fenêtres, des ouvertures inattendues, des petits défis à la hauteur de nous petits humains. Ici tout est en mouvement, les arbres poussent, tombent, la rivière monte, les castors rongent, les ragondins affaiblissent les berges, et d'une semaine à l'autre le paysage change. Quoique par chez moi aussi, au final tout change du jour au lendemain, on se retrouve avec des routes barrées, des immeubles qui poussent en quelques mois, des quartiers qui disparaissent en quelques jours, c'est un peu une grosse forêt ce Shanghai, mais il manque toutes ces odeurs de fraicheur, quand ici il n'y a que les klaxons, le bruit des voitures, les odeurs des poubelles, et du monde, beaucoup de monde. Et puis quand ça bouge, ça suit toujours la belle discipline de l'homme, pas très très organique comme évolution, juste des murs qui poussent, du béton toujours plus de béton, et les nuages dans le ciel qui semblent de plus en plus inaccessibles. Alors pour ces quelques kilomètres au bord de la rivière, à contourner ces routes barrées, à nous faufiler dans les petites fenêtres laissées ouvertes par dame nature, je profite, je me retrouve un peu, et me dit que c'est bien ça qui manque, un peu de simplicité, de silence, de petits interdits ouvrant de nouvelles possibilités, d'un peu de vert, de la mousse sur les troncs d'arbre, des racines qui s'envoient en l'air, et juste le plaisir de prendre le temps.


Mais il y a un moment où il faut rentrer, retrouver sa grosse ville. Mais depuis ce retour, j'ai comment un besoin de retourner vers ces chemins alambiqués, alors la semaine prochaine je vous embarque pour quelques nouvelles escapades autour de Shanghai, car il faut se sortir de là pour ne pas étouffer, pour ne pas s'enliser de la facilité de rester là, entre tous ces murs, toutes ces routes, tout ce bruit, et qu'une petite piqure de rappelle fait vraiment du bien, qu'il suffit juste de se bouger un peu pour se sortir de ce traintrain, de retrouver un peu le grand air, et de revenir à une vie réelle, connectée, non pas aux réseaux, mais à notre magnifique petit monde qui nous entoure.