En voiture tout le monde


Et nous revoilà en Ardèche cette semaine... Mais pour un autre patrimoine oublié, pour une partie du paysage qui est en fait en train de s'effacer, petit à petit, tapis dans l'oubli des nouvelles générations, ne laissant plus qu'un grande vide, une grande ligne pleine de rien à travers le paysage. Cette ligne, c'est la voie de chemin de fer qui allait jusqu'à Lallevade-d'Ardèche, ouverte en 1879 pour le premier tronçon, autant dire une éternité. Mais cette ligne a été fermée aux voyageurs en 1969, puis définitivement en 1988 avant d'être démantelée totalement. Autant dire que je n'ai jamais vraiment connu la région avec un train qui siffle au fond de la vallée. Et pourtant, pourtant le paysage reste marqué par les nombreux viaducs autrefois empruntés par les trains à vapeur, par les petits ponts de pierre enjambant les voies, et toutes ces histoires d'un temps révolus qui restent ancrées dans les mémoires. Je revois alors ma chère grand-mère me raconter qu'elle venait sur ces mêmes voies avec ma mère, regarder les trains passés, longeant la rivière, la traversant, sillonnant au fond de ces vallées, et transportant tout un pan d'histoire de la région. C'est la première fois que j'embarquais pour une découverte de ce parcours atypique, sur les anciennes voies de la ligne passant vers Vals-les-Bains, sur tout ce qu'il en reste, les voies en moins, le reste toujours là comme de fidèles témoins de l'ancienne prospérité de la région. Et puis les soieries ont fermées, l'économie a chutée, la région s'est calmée, devenant un parfait petit havre de paix.



Désormais les habitations s'approchent de l'ancienne voie de chemin de fer, sans chemin vraiment la bousculer, comme une vieille dame que tout le monde a appris à respecter, silencieuse, mais que quelques uns viennent alors visiter, flânant sur ce parcours long de plusieurs kilomètres, promenade idéale pour une après-midi d'hiver, ou l'on flirte avec l'histoire, ou l'on apprend à découvrir ce passé mouvementé d'une région devenue si calme, silencieuse, reposante. Car encore une fois, il semblerait qu'il y ai de merveilleuses histoires cachées un peu partout autour de nous, il suffit de creuses. Et il n'y a pas forcément besoin de traverser le monde pour s'extasier de reliques de l'histoires, de pan de notre culture et de tout ce qui fait ou a fait notre monde. De ces vieilles pierres qui ont fait avancer nos ancêtres et qui aujourd'hui nous font rêver d'époques révolues. Espérons juste que l'on arrivera nous aussi à laisser d'aussi belles pièces d'histoire dans le paysage pour faire rêver nos enfants, d'une époque qu'ils n'auront pas connu... Alors peut-être qu'ils s'enverront des cartes postales pour parler des vieilles taules rouillés d'une de nos belles zones commerciales bien modernes, de sacs plastiques de 150 ans encore envolés par le vent, peut-être qu'ils seront aussi émus aux larmes quand ils verront un iPhone 3G, premier smartphone de leur grand père, tout comme j'ai été ému de recevoir le premier appareil photo de mon grand-père. Peut-être, difficile de prédire la valeur de ce que l'on va laisser, de ces vestiges d'une époque du grand gaspillage qu'ils n'auront sans doute pas l'opportunité de connaitre, mais peut-être que oui, tout cela aura une valeur sentimentale à leurs yeux. Qui sait...