Un village tibétain #01


Il y a quelques jours, nous nous sommes plongés dans un beau film, sorte de docu-fiction chinois, racontant la folle aventure dans laquelle des milliers de tibétains se lancent chaque année: un pèlerinage jusqu’à Lassa, à pieds, en se prosternant tout au long de la route. Cela leur prend des mois entiers, gravissant des cols de 5000 mètres, traversant la pluie, la neige, et surtout effectuant cet effort inimaginable de se prosterner tous les 7 à 8 pas, en fonction des incantations prononcées. C’est un superbe film, avec des images à couper le souffle, au travers de la province du Sichuan et du Tibet. Bien sûr c’est un peu trop scénarisé, et au final certains détails sonnent faux, mais il y a une vérité qui ne trompe pas, ce sont ces gens, des acteurs improvisés, qui ont pris la route en compagnie du réalisateur, et qui permettent de découvrir cette facette assez méconnue du bouddhisme tibétain. Mais aujourd’hui je ne suis pas là pour vous parler de pèlerinage, mais de cette route, de cette même route que nous avons emprunté l’année dernière, et de ces paysages, de ces villages que nous avons traversés, de ces fermes isolées, au milieu de ces montagnes, et qui façonnent ces images. Car c’est tout ça qui m’est remonté quand j’ai vu ce film. Bien sûr nous avons croisées quelques pèlerins qui se prosternaient sur la route, mais ces paysages, cette terre, ces couleurs si particulières, cette atmosphère glaciale, ces lumières tellement uniques qui ont alors pris vie sous nos yeux, nous appelant, comme une invitation à retourner errer dans ce recoin du monde.


Et ce qui marque encore plus, ce sont ces maisons, ou plutôt ces fermes, souvent isolées, ou rattachées à de minuscules villages entourés de quelques drapeaux de prière. Ces belles bâtissent toutes en pierre, aux murs épais, parfois assez austère de l'extérieur, se révèlent être merveilleusement colorées à l'intérieur. Toujours agencées sur plusieurs étages, elles sont composées d'une multitude de petites pièces aux petites fenêtres identiques. Entourées de quelques murets de pierre ou de clôtures en bois retenant les bêtes de la famille, des yaks la plupart du temps, et de quelques champs cultivés. Sur les toits ou à côté, on trouve désormais toujours un chauffe eau solaire, garantie d'avoir de l'eau chaude facilement et presque n'importe quand, dans ces coins où l'électricité n'est pas forcément d'une grande stabilité, et où le chauffage intérieur est encore uniquement au bois. C'est donc une véritable succession de paysages comme ceux-ci, composées d'une pincée de ces grosses maisons installées dans des vallées plus ou moins longues, aux pieds de sommets plus ou moins élevés, aux perspectives plus ou moins impressionnantes. C'est un paysage qui semble sans fin, c'est une immensité qui semble d'une légèreté étonnante, d'une simplicité qui la rend toute naturelle, qui invite à se perdre, qui invite à s'arrêter et à respirer, qui invite à juste revenir à un peu d'essentiel, à un peu de sérénité. Mais en passant au bords de ces villages, de ces vies, j'aurais aussi aimé avoir plus de temps pour m'arrêter, d'en savoir plus, de rencontrer encore plus de monde. Mais au final ce film m'en a donné un aperçu, un léger avant-goût, sur un écran certes, mais qui a quand même un peu calmé ma frustration, ce manque. Mais il viendra un moment où il faudra vraiment y retourner, et prendre le temps de prendre le temps, d'aller apprécier ces couleurs, et de surement en découvrir aussi tout les défis que ces montagnes apportent chaque jours.