La passe aux Yaks


En cette belle période de Noël, et pour cette dernière carte postale de l'année, je voulais vous emmener vers des sommets bien éloignés afin de vous garder l'esprit au frais. Je vous ramène donc dans le Sichuan, après une belle aventure, sur notre route retour, dernière belle étape avant la dure réalité. Hésitant entre un petit détour dans une vallée voisine ou le passage par ce col, notre chauffeur décide finalement d'emprunter ce dernier qui semblait relativement dégagé. Nous grimpons alors à une vitesse vertigineuse, passant de 3000 mètres à 4500 mètres en quelques dizaines de minutes, une véritable ascension où la température chute et où le paysage se transforme. Et c'est alors en s'approchant du col que nous croisons ce troupeau de yaks, seuls au milieu de rien. Ici l'air est rare, le vent glacial, l'herbe inexistante, et seule la neige est censée venir cohabiter avec les rochers. Et pourtant, ce petit troupeau de yaks est ici, pétrifié dans les courants d'airs, à la recherche de quelques brins d'herbe cachés parmi les caillasses. C'est un paysage un peu surréaliste qui s'offre à nous dans cette passe à haute altitude, cette vie luttant contre les éléments, ayant transformé l'inhospitalier en pâturage.


Notre route continua quelques minutes encore jusqu'au col, où le paysage passa d'un apocalypse givré à un fantastique manteau blanc. Et les ennuis commencèrent... Car descendre la route escarpée, sans barrière, dans 30cm de neige, et bien je dois dire que j'ai à mon goût vu le vide trop souvent de trop près, et pas forcément bien aligné sur la route... On a même finis par littéralement s'enneiger, sortant la pelle et nos petits bras pour pousser la voiture et sortir des ornières. Mais quand nos galères furent enfin passées, nous sommes arrivé à la hauteur des galères des autres, là où deux voitures avaient finies encastrées dans un des rares morceaux de muret, et qui n'arrivaient pas à en sortir tellement ils patinaient. Bref, le gros 4x4 et ses gros pneus ont au moins été utiles à d'autres ! Ni une ni deux, on sort un câble, et les voilà sortis du mur. Au fur et à mesure que l'on avançait, notre chauffeur regrettait de plus en plus son choix de route, mais trop tard, il valait mieux affronter la neige en descente qu'en montée de toute manière. Et puis quelle vue ! 4500m d'altitude, c'est désormais mon petit record personnel. Bien sûr il y a beaucoup plus haut, mais c'est déjà quasiment l'altitude du Mont Blanc, et puis on était pas là pour faire tomber des records de toute manière, on ne s'attendait même pas à monter aussi haut, mais par contre qu'est-ce qu'on en a pris plein les yeux, qu'est-ce qu'on s'est régalé de ces montagnes, quand on est passé au delà des nuages, qu'on est allé gratter le ciel au travers de ces passes, qu'on a côtoyé ces mondes incongrus fais de yaks perdus au cœur de sommets impossibles. Et c'est donc sur l'autre versant que je vous laisse pour cette dernière carte postale de 2017. 2018 arrive à grand pas, et il y a encore beaucoup de choses à raconter, à se souvenir, à aimer, ou à détester, bref à vivre.