Pour ne pas oublier


Et voila, aujourd'hui nous célébrons la cinquantième carte postale !!! Cela fait un peu plus d'un an que l'aventure a commencée, et maintenant que j'arrive à la demi centaine de cartes, je retourne avec plaisir pour regarder toutes ces aventures que j'ai pu partager avec vous. Mais surtout cela m'offre à repenser au pourquoi de ces cartes, à leur utilité. Il y a évidemment une envie de partager tout cela, mais aussi de ne pas oublier, de garder ça dans un coin, là où les mots de l'instant se cristallisent, où les images figent, et où il est alors facile de se souvenir.


Du coup je voulais partager cette image pour célébrer cette 50e carte postale, pour me rappeler, pour vous rappeler, à quel point il est important de ne pas oublier, qu'il est important de vivre l'instant et de le graver d'une manière ou d'une autre dans notre histoire. Car cette image, c'est le souvenir d'un moment exceptionnel dans mon plus bel endroit du monde, c'est un aussi un souvenir en perdition, c'est une mémoire qui s'érode à vue d'œil, c'est une culture qui disparaît droit dans le modernisme. Cette image représente un peu l'inaccessible qui s'est laissé entrevoir le temps d'un instant, pour afficher avec pudeur toute sa souffrance, c'est une cicatrice béante de toute la violence du monde, c'est un appel à l'aide silencieux. Cette image m'a marquée, et me restera sûrement longtemps, de ce petit bouddha sculpté dans la roche, s'effritant, laissant passer le temps, jusqu'à ne plus être, mais il restera pour toujours, dans la mémoire de son auteur sans doute, dans la mienne pour sûre, dans cette mémoire d'images, de quelques notes prises à la va-vite, et désormais j'espère aussi un peu dans votre mémoire, le temps d'un instant au moins, via cette carte postale. Car il y a bien trop de choses qui disparaissent, qu'on oublie, des cultures qui s'effacent, des héritages qui ne se transmettent pas, jusqu'à une triste uniformisation des mœurs, jusqu'à une fade monotonie du monde, qui a oublié, oublié de se souvenir, et qui en a laissé des statues s'effriter, s'éroder, se perdre, se taire à tout jamais.


Alors je me dis que peut être ces cartes postales ont un intérêt un peu plus important que le simple plaisir de partager un moment sympa, mais de transmettre quelque chose. J'essaie toujours d'y mêler le plus d'information, mais aussi de ressentis, d'expérience, d'émotion. Car se souvenir c'est aussi ça, ce n'est pas juste des bouquins d'histoire remplis de chiffres, de dates, de chronologies. Se souvenir c'est avant tout vibrer pour ces petits instants, c'est mettre du cœur, c'est mettre de l'humain, c'est y rajouter un brin de chaleur, c'est transmettre à quel point cet endroit m'a fait vibrer par exemple, à quel point il m'a transporté dans un autre monde. C'est peut être un peu prétentieux d'espérer arriver à communiquer tout ça, mais ça serait vraiment le but ultime, de me dire qu'au travers de ces cartes postales, il y a un peu plus qu'une simple image, que de simples nouvelles, mais que derrière il y a de vraies histoires, de vraies personnes, de réelles émotions. C'est pour cela que parfois les cartes sont écrites rapidement, d'un jet, pour en garder toute l'authenticité, sacrifiant un peu la perfection grammaticale, laissant aller quelques fautes de frappes, mais qu'importe, il faut garder toute la vie dans les mots, tant qu'il y en a. Alors je vais continuer, car c'est important de pouvoir partager tout ça, car comme l'écrivait Christopher McCandless, "Le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé". Et même s'il n'est pas question que de bonheur, l'essence même de l'aventure ne prend de valeur que lorsqu'elle est partagée. Partager, pour ne pas oublier.