La vie en rose


Le printemps arrive, les cerisiers fleurissent par milliers, les allées se pavent de blanc et de rose, le Japon est en fleur, et cette année, malgré toute notre organisation, je n'y suis pas. Merci la pandémie... Mais ce n'est pas une raison de ne pas voir la vie en rose, et de vivre l'évasion à retardement, de me replonger dans les couleurs que j'ai pu ramener dans mes valises.


Je vous invite alors au Hawa Maha, fameux palais des vents de Jaipur, tout de rose vêtu et formant un véritable décors de conte de fée, de ses arches et volutes délicieuses, qu'on le prendrait presque pour un château de patte d'amande, trésor sucré en plein milieu d'une Inde bouillonnante. Mais malgré ce charme incontestable de carte postale (ça tombe bien dis donc...), ce palais a avant tout été construit pour permettre aux dames du harem royal de se distraire loin des regards indiscrets, observant l'activité extérieur au travers des centaines de petites fenêtres donnant sur la rue adjacente, une sorte de prison d'amour comme on en faisant auparavant, symbole doux et délicieux de la violence d'un patriarcat archaïque.



Oui, confinons les femmes, qu'on les enferme, qu'on les barricade et qu'on les cache, qu'on les éloigne du monde avant qu'elles ne s'en aillent contaminer le monde de quelques maladies d'amour, que les murs ne fassent plus murs, qu'ils trépassent et que la prison devienne paradis, que le soupirail ne laisse plus s'échapper que des soupirs, des souffles d'air et d'espoir, alors que la lumière se filtre et s'infiltre, qu'elle ne vienne se découper entre les étoiles et les petits ronds, intriguant les extérieurs, illuminant les intérieurs. Car c'est vraiment ce qu'on sait faire le mieux, nous la belle humanité, s'enfermer derrière nos murs, y enfermer ce que l'on chérit ou ce dont on a peur, un coffre géant, une boîte à mystère, un océan d'inconnu qui soulève interrogations et suspicions. Alors jouons de notre génie naturel, peignons nos prisons de rose, adoucissons les angles et faisons briller les barreaux, que la cage se transforme en friandise, que d'enfermés nous passions à évadés, inondés d'une douceur libre, rêvassant d'une douce liberté, celle à laquelle on ne prête pas attention lorsque l'on n'est que de passage dans nos vies au rythme effréné, mais celle qui fait du bien jour après jour. Repensons nos intérieurs, nos modes de vie, notre sédentarité, apprenons du pire pour le transformer en meilleur, il est temps de réfléchir et d'enrichir ce que l'on a parfois laissé de côté.


Restez chez vous, car ce n'est au final pas si terrible, le monde change tous les jours, et les contraintes d'aujourd'hui ne doivent pas nous faire oublier les progrès d'hier pour de meilleurs lendemains. On s'arrange et on s'adapte, et c'est peut-être bien en 2020 que nous allons enfin entrer dans ce xxie siècle, que nous allons enfin considérer le monde qui nous entoure de manière moins égoïste, celui que l'on croyait acquis et à notre disposition. Il sera peut-être enfin temps d'utiliser nos technologies pour faire avancer la vie et non pas la faire tourner en rond pour quelques plaisirs personnels. Ici en Chine un virage numérique a été pris il y a un moment et la vie est à une toute autre allure, une allure qui a permis d'amortir cette crise, qui a permis aux individus de la vivre et non pas de la subir, permettant aux gens de rester chez eux, pour le bien de tous, tout en travaillant, allant à l'école, faisant leurs courses, faisant leur shopping, etc. etc.. L'impact fut énorme, mais il aurait pu être tellement pire... Nous aurons tous bien d'autres défis sur notre route dans les prochaines années, des défis écologiques, sanitaires, sociaux, des conséquences dont nous sommes tous coupables avec notre sur-consommation. Alors profitons de cette crise –qui toute proportion gardée reste mineure– pour apprendre à nous adapter, à repenser nos vies, à ré-orienter nos efforts, pour mieux faire face et nous donner une chance.