De la soif à la faim


Ce grand besoin primitif, cette loi empirique du grand cycle de la vie, se nourrir, et encore plus de s'abreuver, voilà une base à laquelle il ne faut pas déroger, voilà une envie que l'on se doit d'assouvir au jour le jour, et qui n'est pas pas toujours évidente à combler, selon notre coin du monde, selon notre environnement.


En France, quand on a soif, on ouvre le robinet et ça coule de source, on se remplit le verre, et nous voilà repartis pour un tour, d'une belle facilité, d'un confort idéal qu'on en oublierait presque à quel point l'eau est un luxe, que l'eau propre et potable est une denrée rare, et qu'il faut la préserver. Ici en Chine, pas question d'utiliser l'eau du robinet, c'est bouteille obligatoire, fontaine chez soi, mais l'eau reste facile d'accès, et surtout sans grande surprise. En Inde, on a commencé à entrer dans un tout autre territoire, celui où tout cela est devenu une petite source d'inquiétude, de méfiance. Bien entendu l'eau du robinet est à proscrire, mais même l'eau en bouteille peut réserver son lot de petits désagréments, notamment avec ses bouteilles reconditionnées et leur eau à la provenance inconnue... Alors avec nos petits estomacs pas très aventureux, on a fait gaffe, on a eu soif parfois, mais surtout on n'a jamais eu le moindre problème, ce qui était le plus important. Mais nous vivions à un rythme particulier, celui du voyage, celui où les contraintes sont moindres. Pour beaucoup ici c'est le quotidien, c'est juste un rythme comme un autre, le train train, et les bouteilles coûtent cher, alors les précautions ne sont guère d'usage, ici on y va à grandes gorgées dans les eaux d'ocre du Gange (certes, ces eaux là ont d'autres vertus pour les hindous, mais il faut quand même s'accrocher pour en boire), mais quand il n'y a pas de rivière, la soif ne disparait pas. Nous avons alors découverts de multiples points d'eau sur notre parcours, de grosses jarres mises à disposition de qui le veut, où chacun peut alors venir se servir une rasade d'un gobelet laissé là. Autant dire que l'on ne s'est pas aventuré sur ce territoire là, mais c'était un rappel important de notre condition à l'eau, de cette richesse dont il faut prendre soin, et des difficultés qui peuvent survenir dès que l'on commence à en manquer ou que sa propreté laisse à désirer.



Mais outre la soif, c'est aussi la faim qui nous a pris, et là nous sommes arrivé dans un tout autre royaume ! C'est au final assez rarement que je vous parle de nourriture, même si en fait nos voyages ont pour principal objectif de nous remplir la panse. Bienvenue dans le mondes ces curry, des naans, de l'ail et des saveurs fabuleuses, j'en ai des frissons rien que d'y repenser. Certains en ont des frissons d'horreur, à ne plus pouvoir manger de curry pendant des mois, mais moi j'en rêve encore la nuit, et s'il y a bien une chose qui ne m'a pas déçu en Inde, c'est bien ça !


Je vous emmène donc dans ce petit bouiboui de Jaipur, adresse trouvée dans le Lonely Planet, alors vous me direz, ça doit être une valeur sûre !... Nous sommes arrivés dans un restaurant vide de 3 tables au second étage. Un peu étonné du lieu où l'on se trouvait, nous commandons alors nos petits currys, et la spécialité de la maison, le naan à l'ail. C'est donc en direct, observant la cuisine extérieure via la fenêtre, que nous apprécions la patte du maître. De l'étalage de la galette à l'inclusion de l'ail et des petits oignons, tout ce fait à la main, sous nos yeux, comme un véritable tour de magie. Cuit dans le tandoor fermé par un grand plat de noix de cajou (qui en profitent pour se torréfier lentement), j'ai alors pris l'une de mes claques culinaires du séjour. Nous en avons eu des versions de naans à l'ail, des currys, mais là, il nous en fallut un second tellement ce fut bon. Le croustillant du pain, le moelleux du beurre, les parfums de l'ail, tout était juste parfait. Une pause idéale avant de repartir à l'aventure dans cette magnifique ville rose.