Le chevreau de 17 heures


De retour en Inde après un petit interlude chinois, pour vous partager une des plus agréables rencontres de notre voyage, pour une dernière soirée dans le désert du Thar avant de rejoindre des contré moins arides au cœur du Rajasthan.


C'était notre dernier point de chute, aux alentours de 17h, avant d'aller rejoindre les dunes pour profiter du coucher de soleil, un petit village relativement isolé où notre guide a pour habitude de s'arrêter. C'est une des familles vivant sur place qui nous a accueillis, et principalement les enfants, sur-excités de nous voir arriver, une belle fratrie aux regards et aux sourires dévastateurs. Intrigué par l'espèce de soucoupe volante que j'ai vu posée dans un coin en allant nous garer, je leurs demande alors avec mes petites mains (language international aux facultés infinies) ce qu'il y a dessous. Ils soulèvent alors la cage et en sortent un des deux petits chevreaux, et le jettent dans mes bras. La fille la plus âgée me regarde de ses grands yeux, sans un mot, curieuse de me voir avec cette petite bête entre mes grands bras, tandis que les garçons se mettent à chahuter tout autour.



Nous retournons ensuite en direction des quelques maisons qui composent le village, notamment la leur qui se trouve légèrement à l'extérieur, sauvagement gardée par une chèvre noir. C'est alors que le grand-père de toute cette petite famille vient à notre rencontre, échangeant quelques mots d'anglais, et partageant surtout son sourire irrésistible, tellement fier de toute cette petite marmaille. Ne lâchant pas le plus petit (en t-shirt rouge), mais savourant toute cette vie grouillant autour de lui. Il en imposait de sa grande taille, d'une silhouette relativement longiligne, affublé d'une large chemise, le soleil venant sculpté son visage aux milles histoires.


Loins de toute l'animation de la ville, de tout le brouhaha de poussière qui se déroule à Jaisalmer, ici, à près de deux heures de route de la ville, loin à l'Ouest, au plus proche de la frontière pakistanaise, c'est un grand vent de bonheur qui nous a invité chez lui, nous redonnant un plein d'énergie et de positivisme pour la suite de nos aventures. Car la route était alors encore longue, encore de nombreuses étapes à traverser, et le moral commençait à pâtir d'une acclimatation difficile, d'une pression constante et épuisante. Mais au-delà de cette bulle d'air en plein périple indien, ce fut aussi un moment de savourer le bonheur comme il nous manque dans notre grosse mégapole ultra-moderne, un bonheur simple et sans artifices, où les petits chevreaux font l'animation, où se rouler dans la poussière fait partie d'une vie de gamin, où l'iPad n'a pas encore mis les pieds, et où on se retrouve dans un sens des valeurs sans ambiguïté. Il y a évidemment une rudesse de la vie qui laisse aussi songeur, celle qui forge les visages et les cœurs, quelque chose qu'il est difficile de saisir lors d'un passage bien trop rapide, mais il y a des choses qui ne trompent pas quant au bonheur de ces enfants, de toute cette énergie qui débordait, et de la chaleur qui s'offrait à nous.