Couleurs des rues


Pour commencer cette nouvelle année, rien de mieux que de partir pour un petit tour haut en couleur dans les ruelles de la ville de Jaisalmer, à l'extérieur du fort. C'est dans ce labyrinthe que nous avons aimé nous perdre, là où l'air était sec, et où les pierres de sable s'offraient de leur éclat doré naturel ou ornées de couleurs fabuleuses. L'occasion de croiser quelques instants de vie tellement typiques de l'Inde, de ces lecteurs de quartier, profitant de la lumière extérieur pour se plonger dans leur journal ou un livre, sur un banc ou le porche d'une maison. L'occasion de voir qu'entre la bouillonnante Calcutta et l'aride Jaisalmer, soit 2000 kilomètres, alors rien ne change ou presque, l'occasion de se rentre compte que ce pays immense est un tout très cohérent, que malgré ses millions de variations, tout ceci n'est qu'un seul et même lieu, et que la vie y suit une même ligne. Bien entendu il y a des différences de style, de différences de teintes, mais au final il est extrêmement difficile de se sentir en des lieux si éloignés, tant les signes communs sont nombreux.



Évidemment il y a ces magasins d'étoffes, des fameux patchworks de Jaisalmer, qui offrent un parallèle avec les marchants de soie de Varanasi. Suspendus sur les façades, camouflant les entrées de toutes leurs couleurs, de ces motifs récurrents, de leur légèreté flottant au vent. Mais c'est aussi dans un de ces petits marchands que nous avons su apprécier les différences, là où nous avons enfin pu prendre le temps de discuter, de profiter, sans se sentir forcé, enfin. Bien entendu ce n'est pas le cas de partout, mais dans l'ensemble la ville semblait beaucoup plus sereine, beaucoup moins oppressante, n'ayant plus besoin de dire "non" à chaque coin de rue, ou tout du moins de n'avoir à le dire qu'une fois, et alors de juste tracer notre route et de ne profiter que de ce dont nous voulions profiter.



Difficile de résumer ces trois jours sur place ici, de parler de tout ce que nous y avons vu, et surtout de ne pas vous envoyer 40 photos, car il y en a des choses à voir... Je vais donc terminer avec cette dernière image de Jaisalmer, celle d'un père et de sa fille assis devant une peinture de Ganesh à l'entrée d'une maison. Ces peintures se trouvent un petit peu de partout en ville, et sont en fait les fair-part de mariage locaux, annonçant la date ainsi que les noms des époux. Habituellement peintes une semaine avant la cérémonie, c'est un moyen traditionnel d'annoncer l'évènement à l'ensemble de la communauté, invitant qui le veut de se joindre à la fête, rassemblant donc généralement des centaines de personnes. C'est un moyen atypique qui perdure malgré l'expansion de la ville, malgré les nouvelles technologies, et qui je trouve confère un réel esprit de célébration aux mariages locaux. La peinture reste alors sur la maison jusqu'à ce que celle-ci soit remplacée par celle d'un autre mariage, souvent plusieurs décennies plus tard.


Je vous laisse alors sur ces couleurs de rues, de ceux qui les habitent, qui les peuplent, leurs donnant un visage, une âme. Jaisalmer fut une véritable petite oasis de paie dans notre voyage, qui nous a permis de nous poser, de respirer, avant d'entreprendre le reste de notre route au travers du Rajasthan, à la découverte de nouvelles facettes de cette Inde tellement unique.