De regards décousus


Quelle chance de pouvoir profiter de cette 100e carte postale pour vous plonger dans les ruelles sombres de Varanasi, à la découverte de certains regards du coin, tout en se frayant un chemin loin des clichés. Mais avant tout, je voudrais vous inviter à prendre deux minutes pour lire mon petit pamphlet à propos de cette 100e carte postale en-dessous, c'est très important pour moi et la suite de nos aventures.


Varanasi donc... Nous y revoilà, cette fois-ci en retrait du Gange, dans ce qui est la facette la moins glamour et la moins connue de la ville, ses ruelles crasseuses, sombres, là où la merde s'entasse au passage de quelques vaches sacrés, là où la misère se répand au fil des pavés, où les parfums de Masala Chai (thé traditionnel indien aux épices) se fracassent contre les relents du Gange jamais bien loin. Et au milieu de tout cela, des femmes, des hommes, des gamins, des hindous, des musulmans, quelques touristes, et encore plus de gens, encore plus de monde, de la populace qui s'entremêle dans ce dédale de petits recoins étriqués, de zones d'ombres au milieu d'un gros manque de lumière. Sacré challenge photo d'ailleurs, cette obscurité, moi avec mon (mes...) gros appareil un peu lent, mes petites pellicules pas très sensibles, et mon gros gros besoin de lumière pour capturer quoique ce soit de décent. Mais surtout il y a ce sentiment d'oppression permanent, qui rend l'affaire tellement plus compliquée. Car ici intervient le côté le plus sombre de Varanasi, se mêlant à l'obscurité de ses ruelles, celui de ce harcèlement permanent auquel quiconque doit faire face, de ces marchands de soie qui ont tous un magasin caché dans une des ruelles, de ces guides d'un jour qui savent tous où tu veux aller même si tu ne leurs a pas dis, de ces faux sadhus qui te réclament une photo pour te la faire payer après, et du coup de ce besoin de dire non à tout, tout le temps. Bien sûr cela est dû à l'extrême pauvreté sur place, et à la population relativement plus aisée visitant Varanasi, et fort heureusement les gens sont gentils, souriants, épuisants mais profondément sympas, dans l'ensemble. Car outre cette pression constante, que l'on explique et quelque peu minimise par la situation sur place, il y a aussi un nombre d'arnaques affolant, qui en générales ne proviennent pas des plus pauvres, loin de là, ce qui rend la chose encore plus rageante. Mais bref, passons, cela ne reste que de l'argent... et retournons alors dans ces ruelles, à la rencontre de quelques personnes qui n'ont rien demandé, celles que je préfère. Car oui cela existe aussi, que certaines personnes ne demandent rien, et que je finisse par venir jouer les trouble-fêtes, mettant une grande claque dans mon introversion naturelle, allant au devant d'une rencontre qui n'aurait jamais avoir eu lieu, et que les chose commencent alors à devenir intéressantes, car cette ville reste exceptionnellement photogénique, loin de ses propres clichés, à l'ombre d'elle même, là où le noir s'installe pour mieux y révéler la lumière, là où quelques regards décousus se laissent rencontrer, aborder, loin de tout le vacarme ambiant, juste le temps d'un instant.